Il y a des acquisitions qui disent beaucoup plus que ce que leur communiqué de presse laisse entendre.
Le rachat de Manus par Meta, pour plus de 2 milliards de dollars, fait clairement partie de celles-là.
Ce n’est pas seulement un géant américain qui absorbe une start-up prometteuse.
C’est un signal stratégique, à la croisée de l’innovation, de la géopolitique et de la bataille mondiale pour l’intelligence artificielle.
Une IA née en Chine, devenue globale
Manus est un cas fascinant.
Née en Chine, révélée en 2025 dans le sillage de DeepSeek, la start-up s’est rapidement imposée comme un acteur crédible des IA agents : ces modèles capables d’exécuter des tâches complexes (études de marché, code, analyse de données) de manière semi-autonome.
Face aux services d’OpenAI, de Google ou d’Anthropic, Manus a montré qu’il existait une alternative asiatique sérieuse, techniquement solide et économiquement viable.
Son déménagement à Singapour, puis sa sortie officielle de toute activité en Chine continentale, montrent à quel point l’IA est devenue un terrain politique autant que technologique.
La stratégie de Mark Zuckerberg : ne pas rater le train
Derrière cette acquisition, on retrouve la volonté très claire de Mark Zuckerberg :
Ne pas se laisser distancer dans la course aux agents IA.
Meta avait déjà frappé fort avec Scale AI.
Manus vient compléter l’arsenal, avec un double objectif :
- intégrer ces agents dans Meta AI, Facebook, Instagram et WhatsApp
- poser un pied solide dans le modèle de l’IA par abonnement
Autrement dit : contrôler la technologie ET la distribution.
Un classique des grandes plateformes, mais à une échelle inédite.
États-Unis vs Chine : la bataille continue, autrement
Ce rachat s’inscrit dans un contexte que je trouve passionnant à observer depuis l’Europe :
la rivalité sino-américaine dans l’IA ne passe plus seulement par des sanctions ou des interdictions, mais par des absorptions, des investissements et des déplacements d’écosystèmes.
La Chine reste extrêmement forte sur :
- l’open source
- la rapidité d’itération
- la diffusion massive des modèles (on pense aussi à Qwen)
Les États-Unis, eux, dominent toujours :
- l’accès au capital
- le cloud
- les plateformes mondiales grand public
Manus est, à ce titre, un pont entre deux mondes.
Et la régulation dans tout ça ?
La question de l’antitrust revient mécaniquement.
Les autorités vont-elles continuer à laisser les géants avaler l’innovation indépendante ?
Pour l’instant, le contexte politique américain – notamment sous Donald Trump – semble plutôt favorable aux grandes entreprises technologiques.
Côté européen, le Digital Markets Act tente de reprendre la main, notamment sur le cloud et la distribution des modèles IA.
Mais soyons lucides : la vitesse de l’innovation dépasse largement celle de la régulation.
Le vrai enjeu : l’avenir de l’open source
C’est peut-être là que ce rachat devient le plus intéressant.
J’ai toujours regardé Meta comme un acteur ambivalent :
- champion historique de l’IA ouverte
- mais plateforme ultra-centralisée
Or, les modèles chinois ont redonné une nouvelle légitimité à l’open source, obligeant même OpenAI à rouvrir partiellement le jeu ces derniers mois.
Si Meta décide demain de refermer Manus, ce sera un signal fort :
celui d’un monde de l’IA de plus en plus fermé, contrôlé par quelques acteurs globaux.
S’il maintient une logique ouverte, ce sera au contraire un levier d’influence massif.
Ce que j’en retiens, personnellement
Ce rachat confirme trois choses que j’observe depuis des années :
- L’Asie, et en particulier la Chine, n’est plus un suiveur en innovation
- L’IA est devenue un enjeu économique et politique majeur, pas un simple sujet tech
- Les plateformes gagnent autant par la distribution que par la technologie
Pour les entreprises, les créateurs, les développeurs et même les agences web, une chose est sûre :
Le paysage de l’IA va continuer à se concentrer… tout en se fragmentant géopolitiquement.
Et c’est précisément ce qui rend cette période aussi complexe que passionnante à analyser.
—
Georges Corre
Consultant SEO & stratégie digitale, observateur attentif de l’innovation, de l’économie et des équilibres entre l’Europe, les États-Unis et l’Asie
Sources principales sur le rachat de Manus par Meta
Le Monde — Meta rachète Manus, symbole de la puissance des géants du numérique dans l’IA (actualité détaillée et contexte) Le Monde.fr
Euronews — Meta va acquérir la start-up d’IA Manus pour plus de 2 milliards de dollars (détails financiers et stratégie) euronews
Reuters — Meta to buy Chinese startup Manus to boost advanced AI (contexte géopolitique, technologie, intégration produits) Reuters
Business Insider — Meta acquires Chinese-founded AI startup Manus in a deal worth over $2 billion (chiffres et origines) Business Insider
TechCrunch — Meta just bought Manus, an AI startup everyone has been talking about (points sur financement et historique) TechCrunch
Yahoo Finance — Meta to Acquire Chinese AI Startup Manus in $2 Billion Deal (confirmation transaction)